Je reviens encore!

Je reviens d’un entretien d’embauche
Avec cette réponse familière qu’ils ont crachée sur ma plus belle chemise.
« On te revient. »
J’ai un bac +10 dans mon sac,
Viens voir si tu n’y crois pas !
Des tas de théories dans ma tête, elle est une pioche,
Mais regarde, même pas mille francs dans les poches.

Parfois, on se demande
Si l’école n’est pas l’art de vendre des illusions,
Si elle n’est pas une arnaque,
Elle vise loin mais ne touche même pas l’arbre sous le nez,
Tel un arc de contrefaçon.

On se faufile comme des serpents dans les entreprises,
Certains n’ont été utilisés que pour brancher des prises.
On a beau changer de peau, ça n’a pas marché,
La relation est le diplôme le plus sollicité sur le marché.

Même l’espoir d’avoir été stagiaire,
C’est accepter de laver les assiettes,
Faire le thé au personnel,
Tenir le bébé de la secrétaire,
Livrer les colis de la petite du boss,
Ou être soi-même sa petite.

Wassa ki ka toro kou ila,
Ou ba fo :
Ko olou tèmèna ni sira faï.

Je reviens encore d’un entretien d’embauche
Avec cette réponse familière qu’ils ont crachée sur ma plus belle chemise.
« On te revient. »

Rentrer à la maison est le plus grand défi.
C’est revenir avec le prix de consolation,
Mais les parents nous posent une question avec leur regard,
Et on répond en secouant la tête. « La nuit reste sur la mer sans phare. »

Le taux de chômage augmente ?
Le taux de peur des parents explose !
Ils se demandent ce que l’avenir te réserve,
Tu penses même que le mieux, c’était que tu partes.

Le temps n’est pas une vidéo qu’on stoppe
Quand les paupières deviennent lourdes.
On voudrait inverser les rôles,
Prendre les taureaux par les cornes,
Que leur seule préoccupation soit le choix du souper.

Massa bè b’i ka sigi a den,
Kounsigi souma koro.
Ni tèlou bè den kouna,
A ma nogo.

Amadou, diplômé en droit, vend des cartes de recharge.
Aminata, ingénieure en génie civil, vend de la salade au bord de l’échangeur.
Kalfa, diplômé en ressources humaines, est le chef du grin des chômeurs du coin.
Moi, les gars, nouveaux arrivages la semaine prochaine…

On nous disait que bien travailler à l’école
Assurait une bonne place dans la société,
Que les diplômes sont des tickets
Qui font ouvrir toutes les portes.
On étudiait pour être ministre,
Nous voilà à repasser le costume du ministre.

Où sont les portes que les diplômes devaient ouvrir ?
Où est l’argent que la compétence devait rapporter ?
On a les clés, mais on ne voit pas les cadenas.
La survie n’est pas un module qu’on nous a enseigné.

On sait faire des factures,
Mais pas comment les payer.
L’état de rapprochement est tombé,
Mais les problèmes sur nos épaules sont debout.
On se demande comment cueillir des problèmes
Debout sur nos vies.

Je reviens d’un entretien d’embauche
Avec cette réponse familière qu’ils ont crachée sur ma plus belle chemise.
« On te revient. »

Je suis fatiguée, fatiguée de frapper à ces multiples portes,
Fatiguée de mendier le respect.
Jusqu’à quand vais-je faire ces entretiens qui me sont des pertes,
Qui finissent toujours avec un « On te revient » ?

*****

Lien a la traduction italienne

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